Sous-agents et skills : déléguer, puis rendre reproductible
Confier une mission à un agent spécialisé qui travaille à côté, et transformer une procédure en skill que Claude dégaine tout seul. Cas pratique : vos règles de classement rendues reproductibles. Module 10.
- Reconnaître les tâches qui gagnent à partir dans un sous-agent, et celles qui n'y gagnent rien
- Créer un sous-agent spécialisé avec ses outils et sa lettre de mission
- Transformer une procédure répétée en skill maison, chargée quand la tâche correspond
Deux mécanismes dans ce module. Déléguer une mission à un agent qui travaille à côté, sans encombrer votre conversation. Et capitaliser une procédure dans une skill, ces savoir-faire que vous avez déjà croisés derrière le bouton + de l’application.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi un sous-agent préserve votre conversation, et ce qu’il renvoie
- Quand la délégation est pertinente — et quand elle ne l’est pas
- Créer un sous-agent spécialisé avec ses outils et sa lettre de mission
- Ce qu’est une skill, et comment écrire la vôtre
- Un cas pratique : rendre vos règles de classement reproductibles
Déléguer : le principe
Votre conversation a une mémoire de travail, le contexte : chaque fichier lu, chaque résultat de commande y prend de la place. Un sous-agent est un assistant que Claude invoque pour une mission précise et qui travaille dans son propre contexte : il lit quarante fichiers chez lui, et ne rapporte que sa conclusion.
Aucune configuration pour commencer — il suffit de le demander en français :
Explore ces trois pistes dans des sous-agents séparés, en parallèle,
et rapporte-moi dix lignes maximum par piste.
| Bon candidat à la délégation | Mauvais candidat |
|---|---|
| Tâche bavarde : long journal, longue documentation, série de vérifications | Retouche courte qui dépend de ce que vous venez de dire |
| Mission isolée : « explore et rapporte » | Travail dont vous voulez relire chaque modification |
| Opération répétable, menée toujours de la même façon | Question à laquelle Claude répond en trois lignes |
Le critère : voulez-vous voir le travail intermédiaire ? Si oui, gardez-le dans la conversation.
⚠️ Piège courant — Le sous-agent ne voit pas votre conversation. Il démarre avec sa lettre de mission et la consigne que Claude rédige pour lui, rien de plus. Un détail indispensable — « ignore le sous-dossier des originaux » — doit figurer dans votre demande pour être transmis.
💡 Astuce — Les conclusions reviennent, elles, dans votre conversation : huit sous-agents qui rapportent trois pages chacun la remplissent quand même. Demandez des synthèses courtes.
Créer un sous-agent spécialisé
Pour un rôle qui revient — un relecteur, un explorateur — on crée un spécialiste permanent. La commande /agents les gère dans la session ; la méthode qui se partage est un fichier. On sort donc de l’application.
| Emplacement | Portée |
|---|---|
.claude/agents/ | Le dossier de travail, partagé avec ceux qui l’ouvrent |
~/.claude/agents/ | Vous, dans tous vos dossiers |
Chaque fichier commence par un en-tête de configuration. Quatre champs :
| Champ | Rôle |
|---|---|
name | L’identifiant, en minuscules avec des traits d’union |
description | Le champ décisif : il décrit QUAND invoquer l’agent — c’est lui que Claude lit pour déléguer |
tools (optionnel) | La liste fermée des outils autorisés. Sans ce champ, l’agent hérite de tout |
model (optionnel) | Le modèle qui l’anime. Sans ce champ, celui de votre conversation |
Tout ce qui suit l’en-tête est sa lettre de mission : ses instructions permanentes.
---
name: relecteur
description: Relit les modifications récentes et signale les problèmes. Utiliser après chaque série de changements. Use PROACTIVELY.
tools: Read, Grep, Glob, Bash
model: sonnet
---
Vous êtes un relecteur exigeant mais constructif.
À chaque invocation :
1. Identifiez les modifications récentes.
2. Lisez les fichiers concernés en entier, pas seulement les lignes changées.
3. Vérifiez : lisibilité, cas non traités, informations sensibles exposées.
Vous travaillez en lecture seule. Classez chaque remarque :
critique, avertissement, suggestion.
Deux détails comptent : la liste tools ne contient aucun outil d’écriture — cet agent est structurellement incapable de modifier un fichier —, et la mention « Use PROACTIVELY » invite Claude à le solliciter de lui-même.
💡 Astuce — N’écrivez pas ces fichiers à la main : demandez-les. « Crée un sous-agent relecteur en lecture seule dans
.claude/agents/» produit un fichier propre en quelques secondes. Vous relisez, vous ajustez la description, c’est tout.
Les skills : du savoir-faire réutilisable
Les sous-agents délèguent du travail ; les skills capitalisent du savoir-faire. Une skill est un dossier contenant un fichier SKILL.md — et, si besoin, des documents de référence et des scripts. Elle vit dans .claude/skills/ pour le dossier de travail, ou ~/.claude/skills/ pour vos skills personnelles.
Le mécanisme clé est le chargement à la demande : en permanence, Claude ne connaît que la courte description de chaque skill. Le contenu complet n’entre dans la conversation que lorsque votre demande correspond. Un savoir-faire de trois pages ne coûte donc presque rien tant qu’il ne sert pas.
C’est la différence de fond avec le sous-agent : la skill ne part pas travailler ailleurs, elle enrichit la conversation en cours avec une méthode.
Dans l’application, le bouton + donne accès aux skills disponibles. En écrire une passe, là encore, par des fichiers.
Cas pratique : vos règles de classement, rendues reproductibles
Au module 6, le tri de papiers de famille a produit quatre règles, consignées dans la mémoire du projet. Problème : elles ne valent que pour ce dossier. Un autre lot de scans, ailleurs, et tout est à réécrire.
1. Créer le dossier de la skill, dans vos skills personnelles pour qu’elle vous suive partout : ~/.claude/skills/classement-papiers/.
2. Écrire SKILL.md — la procédure entière, pas seulement les règles :
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name: classement-papiers
description: Trie et renomme un lot de documents scannés selon les règles de la maison. Utiliser quand on demande de classer, de trier ou de renommer des scans, des papiers ou des factures.
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# Classement de documents scannés
## Étapes
1. Lister les fichiers du lot, sans rien modifier.
2. Ouvrir chaque fichier et identifier le type de document et l'année
d'après son CONTENU.
3. Proposer un plan de classement, puis attendre la validation.
4. Renommer et ranger seulement après accord.
## Règles
- Nommer d'après le contenu, jamais d'après la date du fichier.
- Noms en minuscules, sans accent ni espace : sujet-annee-detail.
- Aucun nom de personne dans les noms de fichiers.
- Tout document non identifié va dans « À vérifier », sans être renommé.
- Ne jamais supprimer un doublon : garder « version 1 » et « version 2 ».
3. Le résultat. La demande tient désormais en quatre mots — « classe ce lot de scans » — depuis n’importe quel dossier, même sans mémoire de projet. Claude reconnaît la description, charge la skill et applique l’enchaînement complet : inventaire, lecture du contenu, plan soumis à validation, rangement.
4. Au deuxième lot. Le plan isolait d’emblée deux fichiers douteux dans « À vérifier », sans qu’on l’ait redemandé : la règle n’était plus dans notre tête, elle était dans la skill.
⚠️ Piège courant — Une description vague : « aide au rangement de fichiers ». Claude ne dégainera presque jamais la skill. Décrivez le QUAND avec les mots que vous employez réellement dans vos demandes : « classer », « trier », « renommer », « scans », « factures ».
Quatre outils, quatre usages
| Outil | Nature | Qui déclenche |
|---|---|---|
| Mémoire du projet | Règles courtes, toujours vraies, relues à chaque session | Personne, c’est permanent |
| Hook | Commande imposée à un moment précis | Le logiciel, systématiquement |
| Skill | Savoir-faire riche, chargé quand la tâche correspond | Claude, quand c’est pertinent |
| Sous-agent | Mission déléguée dans un contexte séparé | Claude, ou vous |
Toujours vrai et court ? Mémoire du projet. Non négociable ? Hook. Procédure occasionnelle ? Skill. Travail dont vous ne voulez pas voir le détail ? Sous-agent. Et les quatre se combinent : un sous-agent peut appliquer une skill, et tous respectent votre mémoire de projet.
À vous de jouer
- Déléguez sans rien configurer : demandez d’explorer deux pistes dans des sous-agents séparés, avec dix lignes de synthèse chacune.
- Faites créer un sous-agent relecteur en lecture seule dans
.claude/agents/, puis demandez « vérifie mes changements » sans le nommer. S’il n’est pas invoqué, enrichissez sa description avec les mots que vous venez d’employer. - Ouvrez le bouton + de l’application et regardez les skills proposées.
- Écrivez votre première skill : prenez la procédure que vous réexpliquez le plus souvent et demandez à Claude de la transformer en skill, description soignée comprise.
- Testez-la depuis un autre dossier, avec la formulation que vous emploieriez naturellement. Si elle ne se déclenche pas, la description est à revoir.
En résumé
- Un sous-agent travaille dans son propre contexte et ne rapporte que sa conclusion.
- On délègue ce qui est bavard, isolé et répétable ; on garde ce qui est court et dépend du fil de la discussion.
- Un sous-agent spécialisé est un fichier dans
.claude/agents/:name,description,tools,model, puis sa lettre de mission. Écrire ce fichier sort de l’application. - La liste
toolsest fermée : sans outil d’écriture, l’agent ne peut rien modifier. Sans ce champ, il hérite de tout. - Une skill est un dossier avec un
SKILL.md, chargé seulement quand la tâche correspond ; le bouton + ouvre les skills disponibles. - Tout se joue dans la description : décrivez QUAND, avec vos mots réels.
- Mémoire du projet pour le toujours vrai, hook pour le non négociable, skill pour l’occasionnel, sous-agent pour la délégation.
Module 11 : on passe au niveau expert — Claude Code piloté par des scripts, pour qu’il travaille sans vous.
Testez vos connaissances
Vous confiez à un sous-agent la lecture de quarante fichiers. Que revient dans votre conversation à la fin ?
Le sous-agent travaille dans sa propre mémoire de travail : il lit les quarante fichiers chez lui et ne rapporte que sa conclusion. Votre conversation principale reste légère et disponible pour la suite.
Laquelle de ces tâches ne gagne rien à partir dans un sous-agent ?
Le sous-agent ne voit pas votre conversation : il démarre avec sa lettre de mission et la consigne que Claude rédige pour lui. Pour une tâche brève et dépendante du fil de la discussion, il faut tout réexpliquer — la délégation coûte plus qu'elle ne rapporte.
Un sous-agent déclaré avec la liste d'outils Read, Grep, Glob tente de modifier un fichier. Que se passe-t-il ?
La liste d'outils est fermée : le sous-agent ne dispose que de ce qui y figure. Sans outil d'écriture, il est structurellement incapable de modifier quoi que ce soit — ce qui en fait un explorateur sans risque. C'est l'absence de cette liste qui ferait tout hériter.
Depuis l'application, par où accède-t-on aux skills ?
Le bouton + ouvre les ajouts à votre demande : pièces jointes et skills. Les skills sont donc accessibles à la souris ; ce qui sort de l'application, c'est d'en écrire une soi-même, puisqu'une skill est un dossier de fichiers.
Dans le cas pratique, qu'apporte la skill de classement par rapport aux règles déjà écrites dans la mémoire du projet ?
La mémoire du projet décrit un dossier et ne vaut que pour lui. La skill, elle, emporte l'enchaînement des étapes, la convention de nommage et le traitement des cas douteux — et rangée dans vos skills personnelles, elle vous suit d'un dossier à l'autre. Elle n'est pas contraignante pour autant : c'est le rôle d'un hook.